dimanche 14 décembre 2014

Cao Bang

            Même si la ville de Cao Bang n'offrait qu'un intérêt limité du fait qu'à l'exception de la vieille citadelle chinoise il ne subsistait plus de vestiges de la présence française, elle constituait néanmoins l'aboutissement normal de notre parcours sur la RC4...


Rappelons que Cao Bang qui était une cité modeste était le chef lieu du 2° territoire militaire commandé en 1893 par le général Galliéni et l'aboutissement de la route qui venant de Langson longeait la frontière chinoise...

Cao Bang, ville frontière avec la Chine


Voici la description que fait le docteur A. Billet de Cao Bang en 1897 (Le Haut-Tonkin, région de Cao-Bang In: Annales de Géographie. 1897, t. 6, n°30. pp. 431-449) :
" Cao-Bang le chef-lieu, résidence du commandant du Cercle, est de beaucoup la localité la plus importante. Elle est située dans une position admirable au milieu une véritable île formée par une boucle du Song Bang-Giang et son confluent avec le Song Khiem qui naît aux environs de Ngan-Son. Au centre de la presqu'île se trouve l'ancienne citadelle annamite, de forme carrée, aux murailles assez élevées, construites en briques énormes dites "briques mandarines". La ville en elle-même ne se compose guère que d'une large et grande rue, parallèle au cours du Song Bang-Giang. D'un côté on trouve le quartier indigène, de l'autre le quartier chinois. Le reste de la presqu'île est rempli habitations de cultivateurs formant plusieurs agglomérations appelées Vuong-Cam, Luong-Ma, Muc-Ma et Pho-Ca. On cultive en dehors du riz, le maïs, la canne sucre, le mûrier, le bétel etc. La population entière de Cao-Bang et de presqu'île peut être évaluée à 6000 habitants."

Cao Bang au début du XX° siècle


En 1925, la ville n'était tenue que par un bataillon du 3° régiment de tirailleurs tonkinois. Le schéma ci dessous, sensiblement orienté dans le même sens que la vue aérienne précédente permet de faire apparaître à l'Est de la ville (rectangle rouge)... gué ou bac... qui est depuis devenu un pont en dur...


Plan de Cao Bang - 1930
(Source http://belleindochine.free.fr/images/Plan/1931/CaoBang.JPG)

Légende du plan publié en 1930 :
C : caserne - A : Hôpital - I : Garde indigène - R : Résidence - T : Poste - H : Hôtel



L'église de Cao Bang en 1950
(Photo Collection Charton @ RC4 - La tragédie de Cao Bang))


Dans son livre déjà cité sur ce blog, "RC 4 la tragédie de Cao Bang", s'inspirant probablement des lignes du docteur Billet, le colonel Charton décrit lui aussi la ville :
" Avant la guerre 1939 - 1945 et jusqu'à l'occupation japonaise, Cao Bang était une petite ville de la Haute région du Tonkin d'environ 4 à 5000 habitants, qui servait de capitale au 2° Territoire militaire.
Couverte de rosiers et de jardins potagers, cette cité pittoresque était nichée sur une presqu'île, au confluent de deux rivières : le Song Bang Giang et le Song Hiem. Le Song Bang Giang, large et profond, dangereux pour Cao Bang à cause de ses inondations, était difficilement franchissable ; quand au Song Hiem, moins important, il opposait un bon obstacle à toute incursion ennemie.
Juchée sur une hauteur dominant toute la ville, une citadelle verrouillait la presqu'île. Elle avait été modernisée pendant la guerre 1939-1945 sur le modèle de la ligne Maginot ; des centaines de mètres de souterrains avec puits, chambres de repos, infirmerie, dépôts de munitions, truffaient son sous-sol à 7 mètres de profondeur.
Tout autour de Cao Bang régnait la "montagne à vaches", aux sommets arrondis, recouverte d'herbe à éléphant, facile à bombarder par l'artillerie ou l'aviation ; elle n'offrait pas d'abri aux assaillants éventuels.
Cao Bang était un important noeud routier. La RC4, immense rocade longeant la frontière chinoise, menait d'un côté à Gong Khé, That Khé, Nacham, Langson et Mon cay sur la côte ; de l'autre à Ha Giang, Lao Kay, Lai Chau, Dien Bien Phu, Luang Prabang. De Cao Bang, partait également la RC3, qui rejoignait Hanoï, via Banc Kan et Thai Nguyen. En plus de ces deux grands axes, de petites pénétrantes partaient de Cao Bang vers les centres frontaliers de Tra Linh au nord-est, Mowat au nord et Nguyen Binh à l'ouest.


Entrée sud de Cao Bang, important noeud routier
(Photo Collection Berlemont - @Indo-Editions)

En tenant Cao Bang et la RC4 de Nacham à Mon Cay, on empêchait toute invasion motorisée en provenance de la Chine. l'ennemi pouvait encore s'infiltrer à pied ou à cheval mais ses infiltrations bien que gênantes, n'étaient pas dangereuses.
A la fin de l'année 1947, la colonne Beaufre s'empara de la ville. Il n'y restait plus que quelques milliers d'habitants. avec ses souterrains intacts et ses postes de tirs faciles à remettre en état, la citadelle, quoique démolie, était toujours redoutable. Grâce à sa position élevée, elle pouvait protéger de ses feux un terrain d'aviation implanté en dehors de la presqu'île, sur la rive gauche du Song Bang Giang.
Cao Bang réoccupé, la garnison française ne resta pas inactive. Le terrain d'aviation fut agrandi ; Junkers et Dakota purent y atterrir. Il fallait moins d'une heure pour se rendre par avion de Cao Bang à Hanoï.
Les Français établirent une première ceinture de postes sur les crêtes des montagnes à vache qui dominaient la presqu'île et le terrain d'aviation. On en compta bientôt quinze, tous protégés par les canons de Cao Bang et de sa citadelle. celui qui défendait l'accès nord de Cao Bang fut enterré et bétonné. Cao Bang au moment de son évacuation était certainement la forteresse la plus solide de l'Indochine."

Cao Bang en 1950 
(Photo aérienne Armée de l'air - @ECPAD)


Sur cette vue aérienne extraite du livre "Les combats de la RC 4" de C. Bondroit, G. Longeret et J. Laurent (Indo-Editions) on peut découvrir l'organisation de la ville en 1950 et resituer en la parcourant les anciens emplacements :

Schéma de défense de Cao Bang en 1950 
(Photo aérienne Armée de l'air - @Indo-Editions)


La photo ci-dessous représente l'ancien aérodrome de Cao Bang : ce dernier était situé sur la rive gauche du fleuve, un peu au sud de la ville. Allongée afin d 'accueillir les avions de transport Dakota et Junker, cette piste fut le moyen principal de ravitaillement de la ville au cours des six mois précédent son abandon. La RC 4 n'était en effet plus utilisée par les convois à partir de Dong Khé. Dans les jours qui précédèrent l'évacuation du 3 octobre 1950, c'est grâce à cette piste d'aviation que l'on put acheminer le 3° Tabor destiné à renforcer la future colonne Charton qui allait s'engager en direction de That Khé. Les mêmes avions emportèrent en sens inverse les femmes et les enfants ainsi que le personnel non indispensable ou la documentation importante de la place...

Aérodrome de Cao Bang - 1949
(Photo aérienne Armée de l'air)


Six mois après l'évacuation de Cao Bang et le drame de la RC 4, l'aérodrome de Cao Bang devait à nouveau se retrouver au cœur de l'actualité car c'est là que disparaissait l'un des plus proches collaborateurs du général de Lattre, le général André Hartemann qui devenait ainsi le troisième officier général mort en Indochine après le général Lemonnier et le général Chanson.
C'est au niveau du seuil de piste que l'avion du général Hartemann se serait écrasé le 28 avril 1951 lors d'un vol de reconnaissance. Sans doute victime d'un incident moteur ou endommagé par les tirs de DCA, le B 26 tenta semble t-il de se poser en catastrophe mais toucha le sol quelques dizaines de mètres avant la piste. Les corps des quatre occupants, dont le général Hartemann, "patron" de l'armée de l'air en Indochine, ne furent jamais retrouvés, cette affaire demeurant très mystérieuse et pleine d'incertitudes... Ceux qui souhaitent en lire davantage sur ce sujet peuvent se reporter à l'excellent article suivant : 
http://aviateurs.e-monsite.com/pages/1946-et-annees-suivantes/disparition-du-general-hartmann.html

Le point de crash présumé (croix blanche) du B 26 du général Hartemann
(Photo aérienne Armée de l'air)

Parmi les nombreux mystères auxquels nous sommes confrontés lors de ce retour sur le terrain, en voici un de plus à résoudre... Alors que les photos aériennes montrent clairement que le terrain était situé en 1950 au sud-est de Cao Bang, le schéma ci-dessous établi par le 2° bureau des TFEO le situe à l'inverse au nord-ouest de la ville... Sans soute y avait il deux terrains, c'est la seule explication plausible....

Le terrain de Cao Bang
(Schéma B2 TFEO - @Indo-Editions)


Les photos ci-dessous montrent ce qu'est devenu aujourd'hui la zone approximative où était autrefois implanté l'ancien aérodrome, du moins si l'on se fie aux photos aériennes et aux écrits du lieutenant-colonel Charton :





Sur cette vue Google Earth on voit bien les deux zones d'implantation de la piste d'aviation :



En partie détruite lors de l'invasion chinoise de 1979, Cao Bang est aujourd'hui une ville frontière qui s'est reconstruite rapidement de part et d'autre du fleuve :

Le pont sur le Song Bang Giang autrefois (orientation sud)
(Photo Collection Constans - @Indo-Editions)

Le pont sur le Song Bang Giang aujourd'hui (orientation nord)


Les collines environnantes étaient autrefois occupées par des postes extérieurs entourant la ville, et appuyés par les pièces d'artillerie de la ville.

Position de tir 105 HM2 avec le "chapeau de gendarme" en fond de tableau
(Photo Collection Adeline - @Indo-Editions)

Poste "Est" 3/III° REI
(Photo Collection Charton @ RC4 - La tragédie de Cao Bang))

Lors de l'évacuation, les éléments supplétifs qui tenaient cette ceinture de postes durent redescendre des collines dans la discrétion afin de ne pas donner l'alerte... ce qui fut une cause supplémentaire de retard :








Depuis la guerre sino-vetnamienne de 1979 et la destruction de la ville, cette dernière qui s'est développée le long du fleuve, est aujourd'hui constituée de bâtiments neufs :
















Compte tenu du peu d'intérêt offert par la ville elle même, hormis le fait qu'elle est le point de passage obligé pour ceux qui veulent aller vers Talung ou vers les emplacements du camp n°1, c'est surtout l'ancienne citadelle qui fera l'objet de ce billet...

La "presqu'île" de Cao Bang était comme on l'a vu dans l'extrait du livre du colonel Charton, fermée par une ancienne citadelle chinoise, occupée par les troupes françaises :

Gros plan sur la citadelle
(Photo aérienne Armée de l'air - @ECPAD)

A l'entrée de la citadelle, on trouvait autrefois cette porte imposante sur laquelle figurait l'insigne de l'artillerie de Marine devenue artillerie coloniale en 1901 et portant (à confirmer) l'inscription "Quartier de Négrier". Inutile toutefois de chercher cette porte tirée d'une photographie empruntée au forum 3° RPIMa... Elle a en effet malheureusement été détruite il y a relativement peu de temps car Antoine avait pu la voir de visu lors de son premier passage... 

L'ancienne entrée principale de la citadelle aujourd'hui détruite
(Photo @3rpima.forumactif.org/t191)


En raison du fait que l'ancienne citadelle est aujourd'hui occupée par l'armée vietnamienne, il est donc impossible d'y pénétrer pour la visiter et y prendre des photos. En longeant les rues qui jouxtent le périmètre des fortifications, on peut toutefois se rendre compte de l'état de délabrement avancé de l'ancien mur d'enceinte...
Serge Desbois, dans son livre "Le rendez-vous manqué de colonnes Charton et Lepage" montre une vue de l'intérieur de la citadelle où l'on distingue nettement l'excavation laissée par la mise à feu des 150 tonnes d'explosifs lors de l'évacuation de la place en octobre 1950.
Indépendamment des destructions opérées d'abord par les troupes nationalistes en 1946 puis par le Génie français en 1950 lors de l'abandon de Cao Bang, le temps finit peu à peu de mettre à mal les vieilles pierres... Les photos ci-dessous permettent de faire le tour de l'emprise en partant du carrefour entre l'ex RC 4 qui vient de Dong Khê en suivant le cours du Song Bang Giang et la route menant à l'entrée principale :





 

















A l'attention de ceux qui souhaitent faire étape à Cao Bang, précisons qu'il est très facile de s'y loger... sauf en période de grand marché... car nombre de commerçants chinois franchissent alors la frontière pour venir en ville... Un certain nombre de guest houses se situent le long de la route venant de Lang Son, dans la grande ligne droite entre l'ancienne citadelle et le pont.
La gare routière étant située sur la rive gauche du fleuve et à proximité du pont, il est donc conseillé de rechercher un logement pas très éloigné de ce dernier...
A partir de cette gare routière on trouve des bus pour rayonner autour de Cao Bang, notamment pour rejoindre Talung voire pour revenir vers Hanoï, que ce soit par Lang Son (ex RC 4) ou par Nguyen Thai (ex RC 3)

Pour ceux qui recherchent un certain confort il y a bien entendu l'hôtel situé juste à côté du pont sur le Song Bang Giang qui est aux normes occidentales...



Bon séjour !!!

7 commentaires:

  1. Thank you for the beautiful pictures. It seems that very little is known about the sino-vietnamese war of. 1979? Stefan (on my way to BKK)

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  2. Merci pour les photos et le commentaire intéressant. C'est dommage que je n'ai pas le temps d'aller à Cao Bang durant mon visite dans la région cette année.

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  3. Merci pour cet article.
    Zut j'ai raté cela l'année dernière.La prochaine fois il me faudra être plus attentif.

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  4. Cao Bang sous la pluie c'est mortel pour y être début octobre 2016. De Cao Bang il ne surtout pas oublier d'aller voir les cascades de Ban Giôc c'est certainement l'une des belles cascades en terrasse que j'ai pu voir jusqu'à présent. Dans le secteur il y a aussi des grottes. Pour ceux qui aiment la montagne c'est absolument fantastique!

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    1. Effectivement et je publierai quelques photos là dessus.

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  5. Documentation et photos intéressantes. Je suis actuellement à Cao Bang et peux certifier que l'entrée principale du quartier est toujours debout mais non accessible et non photografiable car située dans l'enceinte de la caserne de l'armée.
    Les destructions opérées par les Français sont toujours bien visibles
    7/4/18

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  6. Documentation et photos intéressantes. Je suis actuellement à Cao Bang et peux certifier que l'entrée principale du quartier est toujours debout mais non accessible et non photografiable car située dans l'enceinte de la caserne de l'armée.
    Les destructions opérées par les Français sont toujours bien visibles
    7/4/18

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