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lundi 28 décembre 2020

A la rencontre du passé dans Hanoï « la coloniale »…

 


 

Il existe de multiples façons d’aller à la rencontre de Hanoï… Partir à la recherche du passé colonial de la ville en déambulant simplement armé d’une série de vieilles photographies et d’un plan d’époque, n’est pas la moins originale des démarches… C'est en ce qui me concerne celle que j'affectionne le plus à chacun de mes séjours dans cette ville très particulière...

Lorsque Baudelaire a écrit un jour que « la forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des mortels », il ne se doutait certainement pas que ceci s’appliquerait parfaitement à Hanoï… cette ville qui reste encore chère à nombre de nos compatriotes…

 

Hanoï, une vieille « passion française »…

Dans la mémoire et surtout dans le cœur de nombre de Français pour qui il commence à se faire tard dans la vie, le nom de Hanoï évoque encore aujourd’hui tantôt l’ancienne capitale d’une Indochine française ravagée par une sale guerre dont ils voyaient depuis la France les images aux actualités Pathé… tantôt ce pays où ils ont eu vingt ans et où ils ont contracté ce que Jean Lartéguy appelait le « mal jaune ».

Plus de soixante dix ans après l’entrée des communistes dans la ville, les nombreux touristes étrangers qui viennent déambuler autour du lac Ho Hoan Kiem entre un trek « aseptisé » vers Sapa et l’inévitable excursion à Halong bay ne se doutent pas que pour nombre de nos compatriotes, Hanoï est beaucoup plus qu’une cité millénaire ou que cette ville qui fut bombardée des nuits durant par les B 52, bombardements que Jane Fonda ou Joan Baez depuis leurs hôtels racontaient à l’Amérique des campus et des opposants à l'engagement américain au Vietnam...

Depuis cette époque déjà lointaine des années 70, les limites géographiques de la ville n’ont cessé d’être repoussées bien au-delà des berges du Fleuve Rouge et du « pont de papier » qui a vu tomber en son temps le commandant Rivière face aux Pavillons noirs… Le trafic urbain a connu une croissance exponentielle, les cyclo et les vélos ont pratiquement tous cédé la place aux scooters et à un nombre toujours croissant de Toyota et de Lexus… mais en dépit de tout cela, Hanoï reste encore toujours aussi fascinante pour celui qui sait regarder.

Dans cette cité qui avait autrefois les allures d’une sous-préfecture de la IIIème République mais qui est aujourd’hui devenue une capitale étrangère convoitée par les investisseurs, ceux qui n’avaient pas hésité à « prendre le bateau » et à s’embarquer pour des horizons incertains venaient y découvrir le pays mystérieux de leurs lectures ou des récits qu’en faisaient les "anciens" qui en étaient revenu.

En même temps que sa vie grouillante, ses multiples contradictions et parfois sa moiteur tropicale… beaucoup de ces jeunes Français allaient aussi découvrir dans cette ville pèle mêle l’amitié, la peur, les larmes, la souffrance… parfois la mort… mais toujours l’amour, que ce soit pour une femme exotique, pour un peuple attachant ou pour des paysages envoûtants… ainsi que nous le racontait avec beaucoup de passion dans ses écrits le commandant Helie Denoix de Saint-Marc...

Vestiges de cette époque révolue, d’anciens bâtiments administratifs reconnaissables à leur couleur jaune, des maisons décrépies étouffées au milieu d’une urbanisation anarchique mais aussi de belles villas ombragées devenues aujourd’hui les résidences des dignitaires du régime ou des ambassades étrangères, témoignent de l’esprit bâtisseur d’hommes et de femmes partis construire une vie au bout du monde… ou simplement vivre une aventure.

 

A la rencontre du passé

Aller à la rencontre du passé dans cette ville véritablement à part, cela commence avant même d'y arriver par s’accorder  un peu de temps pour découvrir les événements d'autrefois dans quelques uns de ces livres écris par de vrais écrivains-voyageurs aujourd’hui oubliés et qu’on ne trouve plus guère qu’à la devanture des bouquinistes parisiens, sur les rayons poussiéreux de certaines bibliothèques… ou sur PriceMinister… Comment comprendre en effet "l’Asie de papa" sans jamais avoir lu au préalable ce qu’en qu’écrivaient, pour ne citer qu’eux, « Lulu le chinois » allias Lucien Bodart ou Jean Hougron, cet infatigable commis-voyageur-écrivain qui traversait alors le Sud-est asiatique en faisant pour vivre tous les métiers possibles…

Aller à la rencontre du passé dans une ville comme Hanoï, c’est savoir rechercher entre une galerie de peinture en vogue et une boutique de luxe de l’ancienne rue Paul Bert devenue aujourd’hui Trang Tien, les inscriptions en français qui ont parfois survecu au temps, les vieilles façades autrefois constellées d’impacts ou cette terrasse sur laquelle en septembre 1946 nos compatriotes, libérés tout à la fois du joug japonais et de la main mise temporaire mais sanglante du Vietminh, s’étaient agglutinés pour acclamer l’arrivée des premiers éléments du corps expéditionnaire français en Extrême-Orient du général Leclerc… Si l’agent de circulation juché sur son socle a aujourd’hui disparu, remplacé par des feux tricolores bien plus efficaces et si les photos ont pris de la couleur, le bâtiment de la banque franco-chinoise et l’opéra devenu théâtre national, sont pourtant toujours présents…

Aller à la rencontre du passé, c’est aussi parcourir l’ex-pont Doumer devenu pont Long Biên et ses 1600 mètres de travées jetées sur le Fleuve Rouge… Bien sûr on peut se contenter d’admirer simplement la prouesse technologique qu’est cette construction de type Eiffel réalisée par nos ingénieurs et qui a su résister aux ans et aux bombardements américains… Mais on peut aussi comme moi n'y aller, rien que pour fouler des pieds ces quelques mètres carrés de trottoir lézardé par les fissures, où comme j’aime à le penser, la première guerre d’Indochine a d’une certaine façon commencé et où elle s’est aussi achevée…

Ces quelques mètres carrés de trottoir lézardé par les fissures… c’est en effet l’endroit précis où devant une sentinelle chinoise impassible, le général Leclerc "battait la semelle" le 18 mars 1946, attendant que soit dissipé avec son homologue chinois nationaliste, le "malentendu" qui retardait son entrée dans la ville…

Ces quelques mètres carrés de trottoir lézardé par les fissures… c’est aussi cette rampe d’accès au pont Doumer dont la rambarde reflète encore l’ombre des tabors marocains qui évacuaient la ville en ce jour sombre d’octobre 1954, à quelques heures seulement de l’arrivée du Vietminh…

Mais il est probable que ces vieilles pierres et que cette ferraille importée entre 1899 et 1902 par la société « Daydé & Pillé » comme l’atteste encore une plaque en fonte, ne parlent sans doute pas de la même façon au backpaker étranger de passage, à la vendeuse de fleurs qui y travaille quotidiennement pour vivre ou à ce jeune couple qui vient s’y faire photographier pour un modeste voyage de noces…

Aller à la rencontre du passé, ce peut être aussi simplement s’asseoir et méditer dans un lieu chargé d’histoire où résonnent encore les rires d’une jeune élite prématurément disparue… Plutôt que de gagner la terrasse de l’ancien club nautique qui domine les eaux grises du petit lac et qui était autrefois le refuge de la jeunesse dorée de la colonie, on peut toujours aller boire un « cognac soda » à l’hôtel « Hoa Binh »… Mais qui se souvient en fin de compte que cet hôtel s’appelait autrefois « le Splendid » et que c’est là que logeaient ces jeunes officiers de Légion Etrangère, gouailleurs et insouciants, dont on ne savait trop jamais en les croisant s’ils étaient des miraculés ou des morts en sursis… Seul devant mon verre et réfugié dans mon silence, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour ces jeunes lieutenants et capitaines qui ont pris à ce comptoir leur dernier verre en ce soir d’octobre 1950, avant d’aller se faire tuer quelque part dans les calcaires du nord, sur cette route coloniale n° 4 qu’on appelait aussi la route du sang…

 

De la photo sépia à la photo numérique…

Aller à la rencontre du passé c’est aussi savoir prendre "le risque" de se faire renverser dans la cohue des milliers de deux roues qui sillonnent Hanoï pour essayer de reproduire presque "à l’identique" ce reportage photo de Life paru voilà soixante ans… Tout est encore là : le vieux château d’eau édifié au bout de la Rue du papier, ce commissariat de quartier près du petit lac devenu une "Police station" aux volets toujours aussi clos qu’à l’époque de la très redoutée Sureté générale… ou cette fontaine dans laquelle se baignaient des enfants rieurs, qui ne savaient pas encore qu’à peine sortis de l’adolescence, ils iraient à leur tour se battre un jour contre les Américains ou contre les Chinois.

Poursuivant notre route nous passons devant le pont du « temple de la montagne de jade » sur lequel chahutaient jadis des soldats de l’infanterie de marine mais qui ont laissé la place à des touristes beaucoup plus sages, puis empruntons l’ex boulevard Francis Garnier et allons jusqu’au Métropole. Devant ce palace emblématique, deux tractions avant Citroën proposées à la location nous invitent pour une ballade rétro dans Hanoï …

Tout à côté, de l’ancien palais du Résident supérieur au Tonkin devenu maison d’hôtes de la République du Vietnam, la fontaine de l’ancien square Chassagneux où il est de bon ton de faire ses photos de mariage est elle aussi le témoin muet d’une époque qui ne survit plus qu’à travers quelques photos jaunies… Quand à la cathédrale Saint Joseph, elle est toujours là, certes un peu marquée par le temps et l’humidité... Les cyclos qui, rangés en rang d’oignon devant le parvis, attendaient leurs passagers et les mendiants mutilés qui quêtaient à la sortie de la messe ont simplement été remplacés par des routards venus chercher en ces lieux un peu d’ombre et de fraîcheur…

Mais aller à la rencontre du passé c’est également parcourir ces trottoirs encombrés du quartier des « trente six guildes » et avaler une soupe vietnamienne au milieu de la cohue avant d’oser pénétrer dans l’arrière salle de la boutique du 90 rue de la Soie, aujourd’hui Hang Dao, pour y découvrir au mur la copie agrandie d’une photographie de la devanture, prise dans années 50 et qui atteste d’une longue tradition familiale de la confection…

Aller à la rencontre du passé c’est enfin déambuler dans l’ancienne citadelle où de jeunes et ravissantes étudiantes vietnamiennes qui ont définitivement remplacé les soldats de la coloniale, posent en ao-dai pour célébrer la nouvelle rentrée universitaire. Comment ne pas partager en les regardant, la fascination qu’ont ressentie nos pères et nos grands pères pour la femme asiatique… Mais l’inscription 1897 qui figure sur une pierre vient me ramener à la réalité en me faisant fort à propos prendre conscience du temps qui passe… et de la nécessité de savoir vivre dans mon époque… Une certaine mélancolie m’étreint au moment où je quitte ces lieux sans que je sois réellement certain qu’elle ait quelque chose à voir avec la tragédie du coup de force japonais du 9 mars 1945 dont les murs de la citadelle portent encore l’empreinte… Enfin, ainsi va la vie…

Jean Lartéguy qui s’y entendait en la matière, trouvait pour sa part qu’Hanoï était une ville trop prude, trop austère, en un mot pas assez métissée… ou pas assez « garce » comme vous voudrez… Mais même si Hanoï est parfois une ville froide… pas seulement en raison du crachin et du climat en période hivernale… elle restera quand même toujours une ville à part en Asie, un peu comme un pont entre l'Occident et l'Orient c'est à dire entre deux mondes, entre deux peuples…

JLM




Quelques sites pour partir à la découverte du Hanoï d’autrefois : 

http://belleindochine.free.fr 

http://fr.hanoi.vietnamplus.vn 

http://hinhxua.free.fr 

http://philippe.millour.free.fr 

http://www.lettresdumekong.fr


vendredi 27 octobre 2017

A la découverte du Hanoï colonial : l'ex rue Paul Bert


La rue Paul-Bert était à l'époque la principale voie commerçante du quartier européen ; les Hanoïens la comparaient à la rue de la Paix de Paris. Elle partait de la Concession pour aboutir au Petit Lac.




On y trouvait alors les beaux magasins, des cafés, des hôtels, quelques constructions imposantes et à l'extrémité le Théâtre :


La rue Paul Bert au début du XX° siècle

La rue Paul Bert dans les années cinquante

Cette rue si animée, longue de 540 mètres, s'appelait avant la période française la rue des Incrusteurs. Elle faisait partie du village de Ku'u-lâu, aujourd'hui disparu, dont le temple communal était dédié au génie Nguyên Kim, patron des incrusteurs.




Le Théâtre.
Utilisé par Pierre Schoendoerffer pour certaines scènes du film "Dien Bien Phû" l'opéra de Hanoï devenu aujourd'hui théâtre national se situe à l'extrémité Est de l'ancienne rue Paul Bert. 
L'escalier de face et, latéralement, les deux porches couverts pour l'arrêt à l'abri des voiture donnent accès au péristyle et au grand vestibule ; au centre, un escalier à double révolution mène aux fauteuils de balcon et aux loges, tandis que d'autres descendent en souterrain pour gagner le parterre.
Au-dessus du vestibule, le foyer donne sur une loggia qui domine la rue Paul-Bert.
La salle contient 870 places et la superficie est de 25 mètres sur 19; l'étendue de la scène est de 21 mètres sur 16, avec une hauteur de 30 mètres et une ouverture de 10 mètres de largeur sur 8 m. 50 de hauteur donnant sur la salle de spectacle.
Derrière la scène et latéralement, l'administration, on comptait autrefois 18 loges d'artistes, 2 salles de choristes, une bibliothèque et un foyer des artistes.
Le théâtre, commencé en 1901, s'élève sur l'emplacement d'une ancienne mare. La nature du sol nécessita des fondations spéciales comme la mise en place de 35.000 pieux qu'on couvrit d'une couche de béton de 90 centimètres d'épaisseur. C'est sur ce radier que repose l'édifice dont les dimensions sont 87 mètres sur 30 environ ; le point culminant est â 34 mètres du sol.
Le prix de revient du monument était estimé dans les années vingt à 800.000 piastres.

Voici l'aspect général de l'opéra de Hanoï devenu théâtre, autrefois et aujourd'hui :








L'opéra de Hanoï avait été sérieusement abîmé lors des combats du 19 décembre 1946 :
































Le cercle de l'Union.




















mardi 10 octobre 2017

A la découverte du Hanoï colonial : la citadelle (secteur nord-ouest)

         Après l'ancienne caserne Balny d'Avricourt, la visite de la citadelle se poursuit par l'exploration du secteur nord-ouest occupé autrefois par le stade Mangin, la direction de l'Artillerie et les services de l'Intendance tout au nord en bordure de l'ex boulevard Carnot.


http://philippe.millour.free.fr/Indochine/CitadelleHanoi.html


En ressortant du musée d'histoire militaire il faut contourner l'ancienne emprise par la droite et s'engager sur l'ex boulevard Victor Hugo pour pénétrer dans ce qui était autrefois le stade Mangin.


L'ancien stade Mangin vu depuis la Porte Nord


Miraculeusement préservé même si des modifications ont été apportées à ce site depuis l'époque coloniale, l'ancien stade Mangin a été utilisé autrefois autant pour le sport que pour les prise d'armes. Pour la petite histoire rappelons qu'un jour de 1953, un soldat de la citadelle interpella un gars en train de courir autour du stade en lui faisant remarquer que le sport était interdit aux heures chaudes... La réponse fut en substance : "Je m'appelle Bigeard et je vous em...."...


Pour citer seulement trois manifestations symboliques de la présence militaire française à Hanoï, rappelons notamment que c'est à cet emplacement qu'eurent lieu :

- la prise d'armes du 18 mars 1946 consacrant le retour des Français de Leclerc à Hanoï en 1945, cérémonie au cours de laquelle furent présentés les trois emblèmes des régiments ayant défendu la citadelle lors du coup de force japonais du 9 mars 45 (voir billet n°1) :




- la prise d'armes du 28 octobre 1952 au cours de laquelle le 6° BPC du chef de bataillon Bigeard fut "abondamment" décoré à l'issue du raid de Tulé, déclenchant ainsi de furieuses polémiques contre le "bataillon Zatopek" qui venait de se voir octroyer 400 décorations d'un seul coup, le chef de corps étant lui même fait commandeur de la Légion d'honneur par le ministre de Chevigné ;



- la dernière descente aux couleurs françaises le 8 octobre 1954 au soir, à quelques heures de l'entrée du Vietminh dans Hanoï, cérémonie immortalisée par un reportage photo de Life et qui servit de pages introductives à Lucien Bodard pour la rédaction de son livre "La guerre d'Indochine".



Voici précisément comment Lucien Bodard décrit cette dernière cérémonie, avec son style très caractéristique, dans son livre "La guerre d'Indochine" :
" Dans Hanoï qui n'est plus qu'une carcasse, le jour de l'évacuation est arrivé ; c'est le 9 octobre 1954. Le pavillon français est abaissé le 8 au soir, au cours d'une cérémonie très simple. C'est déjà la nuit et un typhon souffle. Le vent et la pluie s'engouffrent à l'intérieur du stade Mangin, si banal avec sa piste de terre, ses agrès et ses buts de football. Au centre se dresse un mât ; il se perd dans le crépuscule, disparaissant dans les nuages, à ras de terre; C'est à peine si l'on voit le drapeau qu'il porte, le dernier drapeau français à Hanoï.
J'entends des ordres rauques. Quelques centaines d'hommes présentent les armes. Un sous-officier descend l'étendard, le plie et l'embrasse pendant que les clairons sonnent tristement. Le silence s'établit, mais je verrai toujours le visage du général Cogny, tous les visages secs et durcis de ses soldats qui en quelques secondes ont touché le fond de l'amertume."


Plus d'un demi-siècle après ces événements, l'emplacement de l'ancien stade Mangin est devenu aujourd'hui un espace vert bien décoré grâce à de nombreuses plantes et à des pelouses bien entretenues, régulièrement utilisé pour des manifestations populaires, notamment pour les reportages photos des étudiants qui fêtent leurs diplômes en arborant l'Ao dai traditionnel pour les filles :





Une fois traversé l'ancien stade Mangin, il  faut se diriger en direction de l'imposante Porte Sud, aussi appelée Porte Doan Môn, pour accéder à l'ancienne citadelle :


La Porte Sud de la citadelle





Extrait du guide "Le Petit Futé" :

" La porte Doan Môn était l'entrée protocolaire de la cité interdite, au sud de celle-ci. Elle présente des parties originales du XVe siècle et des parties restaurées au XIXe siècle. Construite dans le style chinois, en brique, elle est surmontée d'un pavillon à deux niveaux.
En 2012, des fouilles conduites au nord de la porte Doan Môn ont révélé la présence d'un ancien ouvrage hydraulique en brique remontant à la dynastie des Ly (XIe siècle), situé à 4,2 m au dessous du sol et d'une dimension très importante. De nombreuses hypothèses ont été formulées sur son utilisation, notamment celle d'une irrigation à caractère symbolique pour apporter l'eau qui est un des éléments importants du Feng Shui, prodiguant longévité et prospérité à la cour impériale et au pays."

A l'époque de  la guerre d'Indochine, sans doute pour des problèmes de logement, des constructions légères avaient été élevées sur la plateforme de la Porte Sud pour héberger du personnel célibataire, constructions qui ont fort heureusement été abattues pour redonner son cachet originel à l'édifice.


Après avoir franchi la Porte Sud on pénètre dans la zone de ce qui était autrefois la caserne Lizée et où s'élevait autrefois dans la partie sud le palais Kinh Thiên,


Extrait du guide "Le Petit Futé" :

" Le palais Kinh Thiên remontait au début du XVe siècle. Il a été détruit par les Français en 1886 ; ils y ont installé le quartier général de leurs forces d'artillerie. Aujourd'hui ne subsistent que des vestiges : escaliers et dragons en pierre sculptée. Le palais se situe au coeur de la cité interdite et était utilisé à l'occasion du sacre des rois. À partir des vestiges, il faut l'imaginer, construit sur une plate-forme surélevée, entouré d'une véranda et accessible par de grands escaliers latéraux. La double toiture était soutenue par des piliers en bois. Les dragons de pierre portent la marque du style en vigueur sous la dynastie des Lê."

En suivant l'allée principale en direction du nord de la citadelle, on longe dans un premier temps un ensemble de bâtiments datant de l'époque française qui hébergeaient autrefois les services et sur lesquels figure souvent la date de construction ; cette dernière se situe généralement dans la période comprise entre 1897 et 1904. Si j'en crois ce que j'ai lu dans le livre "Heures tragiques au Tonkin" de Françoise Martin, Ed. Berger-Levrault, Paris, 1948, il semblerait que ce soit dans ces bâtiments qu'avaient été enfermés les prisonniers de la citadelle après le coup de force du 9 mars 45... Les tués de l'attaque menée par les Japonais auraient été inhumés pour leur part dans un petit cimetière ouvert dans l'enceinte même de la citadelle... :








En arrivant à hauteur du bâtiment qui hébergeait autrefois la Direction de l'Artillerie on aperçoit sur la droite la Porte Est dite Porte de l'Horloge, horloge aujourd'hui disparue, qui permettait de rejoindre les emprises du 4° RAC et du 9° RIC :

La Porte Est de la citadelle, dite Porte de l'Horloge




La Porte Est de la citadelle, dite Porte de l'Horloge autrefois


En tournant sur la gauche on pénètre dans la partie principale de la caserne Lizée, constituée par un grand bâtiment en parfait état et une cour intérieure entourée de pavillons remarquablement entretenus :













Les bâtiments de l'ancienne Direction de l'Artillerie, remarquablement restaurés, sont devenus aujourd'hui un musée archéologique consacré à la préservation des vestiges retrouvées lors des fouilles réalisées sur l'emplacement de l'ancienne citadelle ou léguées par l'histoire :













De l'autre côté de la place d'armes, face au fronton du bâtiment principal, on découvre une plateforme à laquelle on pouvait accéder par un escalier séparé en trois parties par des dragons de pierre :

Les escaliers aux dragons


Afin de mieux comprendre la spécificité de ce site on peut se reporter aux commentaires du livre du docteur Edmond Courtois "Le Tonkin français contemporain" paru en 1891 aux Editions Lavauzelle :
"Au centre de la citadelle se trouve une deuxième enceinte,en briques comme la première, et qui sert à protéger et à entourer la pagode royale. Cette pagode qui est passée depuis vingt-cinq ans par tant d'alternatives, est précédée d'un escalier à rampe de granit sculpté qui donne accès à une vaste terrasse. Cet escalier est divisé en trois parties : une centrale réservée au roi seul et deux latérales réservées aux mandarins de sa maison. De magnifiques dragons en granit servent de séparation. C'est dans cette pagode que les empereurs d'Annam venaient prêter serment de suzeraineté à l'empereur de Chine ; c'est là  que les compagnons de Francis Garnier se réfugièrent à la mort de leur chef pour y défendre leur vie à outrance."


Sur la photo ci-dessous on distingue parfaitement le réduit dans lequel se réfugièrent les compagnons du commandant Rivière suite à la mort de ce dernier en mai 1883, car les Pavillons Noirs menaçaient de poursuivre leur attaque pour chasser les Français de Hanoï ...

Rappelons que la citadelle de Hanoï, conquise une première fois par le lieutenant de vaisseau Francis Garnier en novembre 1873, fut à nouveau reprise par le lieutenant de vaisseau Henri Rivière en avril 1882 lors des combats menés contre les Pavillons noirs.
Comme on peut le constater, le mur d'enceinte dont il est fait mention dans le texte du docteur Courtois et qui a depuis longtemps disparu, était encore visible lorsque cette photo a été prise :


Les escaliers et le réduit de la citadelle à l'époque de la conquête


Dans les années cinquante l'état-major des troupes françaises était  implanté dans le bâtiment élevé sur la plateforme, celui-la précisément où par la suite le général Giap installa lui aussi on poste de commandement. Sur la photo ci-dessous prise par un journaliste américain, on voit bien la physionomie du site en 1953-1954 avec à droite le bâtiment principal de la caserne Lizée, au fond un des pavillons et à gauche les escaliers aux dragons menant au PC :





En poursuivant la visite au nord de la cour centrale on pénètre ensuite dans une zone d'arrière cours et de bureaux occupés pendant la guerre du Vietnam par l'état-major du général Giap qui là aussi avait repris les locaux des Français :










Les locaux de l'état-major vietnamien pendant les années soixante



En raison de la menace des bombardements américains, des bunkers souterrains avaient été aménagés pour l'état-major, et que l'on peut visiter en empruntant un escalier pentu qui descend une dizaine de mètres sous terre :


Les bunkers enterrés


Au nord des bâtiments qui abritaient l'état-major de Giap, on trouve une zone arborée avec des arbres magnifiques datant de l'époque coloniale, clôturée sur les abords nord par un mur d'enceinte et une tour fermant la zone accessible aux touristes. Cette zone est celle réservée avant l'arrivée des Français au Pavillon des Concubines.

Extrait du guide "Le Petit Futé" :
" Le pavillon des Concubines est une construction de brique surmontée d'une structure à plusieurs toits. Destiné aux femmes de la cour, il a été bâti au XIXe siècle et reconstruit pendant la période coloniale."



Le secteur compris entre cette tour et la porte Nord de la citadelle étant une une zone militaire non visitable, le visiteur est contraint de contourner ce secteur pour accéder à la porte Nord :




Il faut donc ressortir de l'ancienne citadelle par la porte Ouest, emprunter l'ancien boulevard Pierre Pasquier jusqu'au niveau de l'église des Bienheureux, puis tourner à droite et longer ensuite l'ancien boulevard Carnot jusqu'à la porte Nord :




La porte Ouest de la citadelle


En remontant vers le nord l'ex boulevard Pasquier, on passe devant un blockhaus extérieur à la citadelle puis on longe l'ancienne Direction de l'Intendance dont les feuilles d'acanthe ornent encore le fronton de certains bâtiments datant des années 1906-1907, la plupart en très mauvais état :






L'ancienne Direction de l'Intendance


Arrivé à l'intersection avec l'ex boulevard Carnot on remarque sur le trottoir opposé l'église des Bienheureux Martyrs, construite en 1932 en mémoire des prêtres suppliciés au Vietnam, à la place d'une chapelle datant du XIX° siècle. Dans cette église, récemment restaurée, on note la présence de nombreuses tableaux portant des inscriptions datant de la présence française :





 
L'église des Bienheureux

Si l'on en croît ce qu'a écrit Lucien Bodard dans son livre "La guerre d'Indochine", c'est dans cette église des Bienheureux Martyrs que le général de Lattre serait venu assister à la messe de noël le 24 décembre 1950... provoquant le courroux du prêtre car le "Roi Jean" était en retard... :
" Cette nuit de noël, le canon est le fond sonore de la cité. Tout est austère. La gravité ambiante imprègne particulièrement la messe célébrée dans l'église des Martyrs. C'est là que se rend de Lattre avec la cohorte sévère et rutilante des officiers de l'Entourage, avec l'excellent M. Letourneau aussi. Lui, le superbe général en chef et haut-commissaire, va à l'office le plus pauvre, le plus dépouillé. L'église est au voisinage de la citadelle. c'est un immense bâtiment en ciment armé nu, froid, pourvu seulement des objets les plus essentiels du culte, les meilleurs marché. Un prêtre français, très jeune, la figure d'ascète, célèbre Jésus avec une simplicité poignante. A ses côtés, deux enfants de chœur annamites.Ni crèche, ni illuminations, juste quelques fleurs blanches sur l'autel. Comme luxe, le seul, un orgue grêle, accompagné de criardes voix de femmes chantant Noël.
Le général et le ministre sont placés dans le chœur. A genoux,ils prient, Letourneau la tête baissée pieusement, de Lattre la tête toute droite. Mais est-ce par humilité ou par orgueil que le général a choisi ce sanctuaire du misérable pour rendre grâces au Seigneur ? Si c'est par orgueil,il a été puni en arrivant. Dieu ne l'a pas attendu,l'officie a commencé ans lui qui était en retard. En arrivant, c'est lui qui a du "poireauter" devant le portail fermé jusqu'à l'offertoire. C'est seulement alors qu'il est entré. Cette fois il a été vaincu."

Ajoutons enfin que c'est dans cette église que le général Salan vint le 4 octobre 1954 assister à un dernier office à la mémoire de tous ceux qui étaient tombés en Indochine, quelques heures avant de quitter définitivement Hanoï.


Une fois ressorti de l'église des Bienheureux, en longeant l'ex boulevard Carnot et en revenant en direction de l'Est on arrive à la Porte Nord de la citadelle, aussi appelée Bac Môn, accessible seulement depuis l'extérieur.



Extrait du guide "Le Petit Futé" :
" Quant à la porte Nord (Bac Môn), reconstruite en 1805, elle est aussi construite en brique, mais les angles sont renforcés en pierre. On y observe des motifs figurant une fleur de lotus. Les stèles sont gravées de trois caractères signifiant " porte principale du Nord " (Chinh Bac Môn). Les traces de boulets de canon constituent la preuve, disent les guides vietnamiens, de l'agression française contre le Tonkin. Une plaque de pierre gravée en français indique : " 25 avril 1882, bombardement de la citadelle par les canonnières Surprise et Fanfare "."




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La porte Nord de la citadelle



La Porte Nord autrefois


Sur la façade de cette fortification on observe encore aujourd'hui les traces laissées par les tirs des canonnières françaises du commandant Rivière depuis le Fleuve Rouge, lors de la prise de Hanoï en 1882, visibles également sur la photo ci-dessus, prise au début du siècle :






Étrangement, la pierre gravée en français évoquant ce bombardement, n'a pas été enlevée par les Vietnamiens après le départ des Français alors que les stèles commémorant les morts des officiers tombés lors des deux prises de Hanoï (Garnier, Rivière, Balny d'Avricourt) ou les monuments aux morts français ont été rasées :





La visite de la porte Nord, payante, n'offre pas un grand intérêt en soi hormis le fait que son architecture est d'inspiration chinoise, car la vue est limitée.


Pour les passionnés d'histoire militaire, la visite de la Porte Nord permet toutefois de jeter un coup d’œil sur la zone militaire interdite d'accès dont les bâtiments intérieurs semblent être restés dans l'état où ils étaient en 1954... :




Après la visite de la porte Nord, en poursuivant sur l'ex boulevard Carnot en direction de l'Est on rejoint à nouveau le square où s'élève l'ancien château d'eau, point de départ initial de cette visite de la zone de la citadelle...